Mar 1 / WATSON CUISINE

La Bio, d’une résistance à une utopie politique

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« Depuis quelques années, les produits bio s’invitent sur la table des ménages français et européens. Leur ascension est fulgurante. En France, même la grande distribution a été gagnée par la fièvre bio… Quel chemin parcouru depuis les années 1960 ou de façon dispersée, non concertée, des agriculteurs ont décidé de refuser l’industrialisation de leur métier et le passage à la chimie ! Quel chemin depuis qu’à la même époque certains consommateurs décident de s’interroger, et refusent d’avaler cette nouvelle alimentation les yeux fermés ! Il aura fallu de la détermination pour arriver à cette réunion du 30 novembre 1986 ou une poignée de militants, de paysans, de consommateurs et des coopératives Bio, se réunissent pour créer Biocoop ! Cela fait trente ans. Trente années durant lesquelles des agriculteurs et des consommateurs ont fait le choix d’une autre consommation, d’une autre alimentation, d’une autre agriculture, en dépit des difficultés. Être agriculteur bio, comme être consommateur de bio c’est défendre une autre société. Derrière ces partis pris se cache le choix de la société que nous voulons. Acheter bio constitue un engagement important pour le respect de l’environnement. On peut estimer que c’est pour sa santé. Mais ce n’est pas tout. Acheter un produit bio c’est soutenir un mode de production agricole, c’est voter pour une agriculture paysanne qui respecte les rythmes de la nature, les conditions de travail d’hommes et de femmes, c’est voter pour une juste répartition des richesses entre les paysans et les consommateurs. C’est voter pour le retour à une véritable autonomie alimentaire, une préoccupation alimentaire bafouée par 60 ans de développement d’une agriculture intensive. Oui, c’est tout cela manger bio, et bien plus encore ! La Bio c’est un état d’esprit, une solidarité, une vision de la société et des échanges. La Bio c’est un écosystème, avec toute la complexité que cela induit. Chacun en dépend et a donc intérêt à ce que l’écosystème se porte bien. D’un coté ceux qui cultivent, de l’autre ceux qui se nourrissent, des intérêts partagés pour que les uns puissent être en relation avec les autres. Aujourd’hui et demain. C’est à nous tous, agriculteurs, groupements paysans, transformateurs, consommateurs, distributeurs, de défendre et de bâtir la société dont nous voulons. Et cela passe par nos assiettes, en conscience. C’est bien plus puissant qu’un bulletin de vote ! »
Par Dorothée Dewitte - Co-fondatrice de Watson Cuisine

Extrait du livre Les dessous de l’alimentation bio de Claude Gruffat
Crédit photo : la mer salée