May 7 / ALICE POLACK

Dans le frigo et l'assiette de la crème de Paris #6 - Les labels alimentaires

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Hello toi,

 

Moi, c’est Alice de La Crème de Paris, et comme tous les membres de la Watson Family, je crois en une cuisine pleine de goût et de sens. Et parce que bien manger c’est aussi comprendre ce qu’il y a dans son assiette, je vais te donner chaque semaine de nombreux conseils et suggestions pour mieux te nourrir et mieux choisir tes ingrédients.


Oui, une bonne recette, c’est avant tout de bons produits… et cette semaine on parle des labels.  

 

Ils sont partout et de plus en plus présents sur les emballages de nos produits alimentaires quotidiens mais tous n’ont pas la même valeur et ne sont pas gages de qualité. On vous explique comment les comprendre et en faire des atouts.

 

 

L’enjeu des labels pour l’industrie agroalimentaire

 

Le packaging est le premier lien entre les acteurs agro-alimentaire à l’origine d’un produit et le consommateur. Il est vecteur d’informations, mais c’est également un support marketing pour les industriels.

Il faut comprendre qu’il a pour objectif de donner envie et de provoquer l’achat. Mais il a aussi pour rôle de rassurer sur les qualités de l’aliment dans un contexte où les nombreux scandales alimentaires n’ont fait qu’accroitre la méfiance des Français envers l’industrie. L’information est aussi beaucoup plus facilement accessible pour peu qu’on s’y intéresse et le lien entre alimentation et santé est de plus en plus évident et ancré dans nos mentalités. Certains industriels ont préféré prendre les devants et donner plus de transparence et de visibilité sur ce que contenaient leurs produits.

Cela peut passer par l’apposition du Nutriscore, d’allégations pour indiquer un changement de recette par exemple (« -30% de matière grasse ») ou des labels.

Ceux-ci seraient une sorte de faire-valoir, gage d’un certain niveau d’exigence et de qualité.

 

Il en existe maintenant un très grand nombre, pour toutes les problématiques et tous les groupes alimentaires.



Les paradoxes derrière les labels alimentaires 

 

- Certains labels ne sont pas régis par des organismes de certifications extérieures, mais sont créés par les marques elles-mêmes

- Il n’y a pas d’uniformité à l’échelle européenne sur l’ensemble des labels. Par exemple, le cahier des charges d’un produit issu de l’agriculture biologique ne sera pas le même en France et dans un autre pays.

- Un label est simplement représenté par un logo sur l’emballage.  Il est donc difficile de savoir quelles sont les garanties présentent derrière cet intitulé.

- Un label fait référence à un aspect précis de la production d’un produit, mais n’est pas forcément lié à la qualité de celui-ci. Par exemple, un label qui concerne l’origine géographique d’un fromage n’apporte aucune garantie sur le bien-être animal inhérent à l’élevage laitier.

- Certains labels sont contraignants et couteux, ce qui exclut de leur spectre les petites productions au mode de culture parfois plus éthique et raisonné que les coopératives affiliées au grand groupe.

- Il existe tellement de labels différents, on peut très rapidement se sentir perdu dans cette vague d’informations. Il y a par exemple pas moins de 9 labels juste pour le Bio en France chacun avec un niveau d’exigence différent.

 

Comprendre comment est attribué un label

 

La définition officielle d’une certification est « un ensemble de démarches volontaires, encadrées par les pouvoirs publics, qui garantissent aux consommateurs qu’ils acquièrent des produits ou des services répondant à des caractéristiques particulières régulièrement contrôlées par un organisme tiers indépendant. »

 

Chaque label est rattaché à un cahier des charges. Celui-ci présente un ensemble de critères que l’entreprise doit remplir pour prétendre à son attribution.

 

C’est l’entreprise qui va entreprendre les démarches pour se faire labéliser.

Les certifications sont délivrées par :

• les pouvoirs publics

• l’institut national de l’origine et de la qualité (INAO) ou le Comité français d'accréditation (COFRAC)

• Un organisme certificateur qui est une société tierce, neutre et officielle. Il existe moins d’une dizaine d’organismes certificateurs.

 

C’est véritablement l’implication de ces acteurs, qui sont censés être indépendants et impartiaux, qui donne une garantie sur le sérieux du label.

Et afin d’éviter tout conflit d’intérêts ou éthique et de vérifier le bien-fondé des cahiers des charges établies par les organismes, ils sont eux-mêmes contrôlés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF)

 

Pour vérifier qu’ils s’agissent bien de labels « officiels » ceux-ci doivent maintenant être accompagnés de la référence à l’organisme ayant certifié le produit sous la forme de son numéro de code et/ou de son nom.

Les principaux organismes sont :

 

• Ecocert France : FR-BIO-01

• Agrocert : FR-BIO-07

• Certipaq : FR-BIO-09

• Qualité France (Bureau Veritas) : FR-BIO-10

• SGS-ICS : FR-BIO-11

• Certisud : FR-BIO-12

• Certis : FR-BIO-13

• Alpes Contrôles : FR-BIO-15

• Qualisud : FR-BIO-16

• Control Union : FR-BIO-19

• Ocacia : FR-BIO-20

• Afnor : FR-BIO-21

• Eurofins : FR-BIO-22

 

Le label une fois obtenu reste soumis à des contrôles aléatoires. À tout moment, l’entreprise est susceptible de subir un contrôle afin de vérifier que l’intégralité de ses produits répond bien au cahier des charges et que cette qualité ne varie pas avec le temps.

 

Petit précis des principaux Labels

Les labels qui garantissent l’origine :

>> L’AOP : Appellation d’origine protégée. Cela désigne un produit dont toutes les étapes de fabrication sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même zone géographique qui lui confère certaines de ces qualités. Par exemple le St Nectaire ne peut être fabriqué que dans une certaine partie de l’Auvergne grâce au lait récolté dans cette même région. Cette appellation concerne particulièrement les fromages (Roquefort, Comté, Brie de Meaux...) ainsi que les vins (Chablis, Bordeaux...) mais aussi l’huile d’olive de Corse ou le poulet de Bresse. L’AOC (Appellation d’origine contrôlée) est l’équivalent de l’AOP mais au niveau français alors que l’AOP est une certification Européenne.

>> L’IGP : Indication géographique protégée. Cela désigne un produit dont les caractéristiques sont liés au lieu géographique dans lequel se déroule sa production ou sa transformation. Celles-ci sont également réalisées dans des conditions bien déterminées.

Exemple : le raviolis du Dauphiné fabriqué dans le Dauphiné. On peut également cité, le pruneau d’Agen, le Jambon de Bayonne, le cidre de Bretagne ...

 

Les labels qui garantissent le respect d’une recette traditionnelle :

>> la STG : La spécialité traditionnelle garantie protège une recette

traditionnelle tel que le Jambon Serrano, la mozzarella ...

 

Les labels qui garantissent le respect de l’environnent et du bien-être animal :

>> AB : Agriculture biologique. Les agriculteurs qui s’engagent dans le Bio garantissent que leur mode de production est respectueux de l’environnent et durable.

Ainsi ils ne sont pas autorisés à recourir aux OGM, pesticides et engrais chimique. Les conditions d’élevage pour les animaux doivent respecter certaines normes afin de garantir leur santé et leur bien- être (Espace suffisant, accès à l’extérieur). Il est nécessaire pour un produit fini que au moins 95% de ces ingrédients proviennent de l’agriculture biologique pour pouvoir bénéficier du logo AB.

Parmi les labels bio, seul le label français AB est officiel.

 

Les labels qui garantissent une qualité supérieure :

>> Le Label Rouge : Ce signe français désigne des produits possédant des caractéristiques spécifiques de qualités supérieure par rapport aux produits courants. Ces produits sont soumis à une batterie de tests qualité et organoleptique afin de prouver leur intérêt gustatif et leur qualité dans l’ensemble du processus de culture des matières premières et transformation. Il existe plus de 400 Labels rouge pour la volaille, la viande, la charcuterie, les produits laitiers, les fruits et légumes ...

 

Les labels qui garantissent le traitement éthique des employés en charge de produits exotiques :

>> Ecocert / Fairtrade : le label « commerce « équitable » représente un engagement de la marque à payer une rémunération plancher « juste » définie au préalable entre importateurs et coopératives pour améliorer les conditions sociales des travailleurs dans les pays en développement. Les produits équitables sont souvent des produits tropicaux (Café, Cacao, Thé, Bananes)

 

Des exemples de labels « marketing » :

>> « Elu produit de l’année » : pour obtenir ce label il suffit de payer autour de 2000€ pour envoyer la candidature de son produit à un organisme qui enverra un sondage à un large échantillon de personnes qui vont voter pour leur produit préféré. Les produits obtenant le plus de suffrages peuvent prétendre à l’utilisation du logo « Elu produit de l’année » sous conditions de débourser 15.000€ pour les droits d’utilisation du logo.

>> « Reconnu saveur de l’année » : Pour obtenir ce logo un ensemble de tests sur l’aspect, l’odeur et le goût sont effectués par un panel de 120 consommateurs, les produits ayant obtenu une note supérieure à 14/20 peuvent utiliser cette appellation.

 

 

Même si l’objectif est louable, les labels sont globalement l’apanage des produits transformés industriels et souvent le bon sens a plus de valeur pour reconnaître un produit de qualité. Ce ne sont pas forcement les produits avec le plus de labels vers lesquels il faut se tourner et la multiplication des certifications n’égalera jamais la véritable transparence que l’ont peut avoir avec les produits bruts issus de circuits courts.

Une alternative pourrait être de plutôt estampiller les mauvais produits pour alerter le consommateur des productions néfastes, mais pour l’instant on en est encore loin.

 

Après la théorie, et parce que connaître ses producteurs n’est pas accessible pour tout le monde, la semaine prochaine je te donnerai les labels que je recommande afin d’avoir le panier le plus responsable possible.