Jun 18 / WATSON CUISINE

Qu'est-ce qu'un bon produit ?

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« L’alimentation n’est pas un produit de consommation comme un autre. Il y a dans ce que l’on mange quelque chose en plus qui devient en partie notre substance même. Il ne s’agit pas seulement de consommation, mais de construction de soi. Nous sommes ce que nous mangeons. Et parler du bon, c’est parler de nous. C’est parler de nos vies, d’environnement, de politique, de nos moments de partage, du pain que l’on rompt, de santé, de saveurs, d’odeurs, du sol sous nos pieds, de grandes amitiés, de vins, de beauté.
Bon interroge un système alimentaire à bout de souffle et montre qu’un nouveau modèle se dessine. Des initiatives surgissent : elles sont artisanales, agricoles, numériques, logistiques… Elles soulignent un désir partagé de reprendre le contrôle de nos assiettes. »

Itw de Michel Guérard (extraits) :
« Mes parents étaient bouchers. J’ai donc bien entendu grandi dans cet univers de l’alimentation et de la connaissance du produit. Et il est évident qu’il est plus facile de faire de la bonne cuisine avec des produits d’exception qu’avec des produits de masse. Mais plus encore que le bon, l’important selon moi est le bien-manger.
L’alimentation est devenue une industrie lourde qui permet à tout le monde de se nourrir. Mais malgré tout ça, les gens ne savent pas manger. Ils n’ont pas appris à manger, alors ils achètent n’importe quoi. Et ils sont souvent en parfait déséquilibre, ce qui entraîne des maladies.

Je suis convaincu que le cuisinier au XXIème siècle se doit d’avoir des connaissances en nutrition et en diététique, ce qui est hélas rarement le cas. De la même manière, on imagine mal un chauffeur de car conduisant les enfants à l’école le matin qui n’aurait pas le permis de conduire. Il en est de même pour le cuisinier.
Quelle place devrait occuper la cuisine dans l’éducation des enfants ?
Une place fondamentale. Il y a certes l’enseignement en lui-même, mais le problème est plus général. Bien sûr, l’éducation au goût dès l’enfance est très importante, mais il ne faut pas oublier les circonstances économiques des maladies liées à l’alimentation.
C’est le drame du syndrome métabolique : l’obésité, le diabète et les maladies cardio-vasculaires coûtent tous les ans des dizaines de milliards d’euros. J’insiste car ce n’est pas une petite affaire et elle n’a, hélas, jamais été prise en compte.

On comprend mal désormais, eu égard aux répercussions catastrophiques d’une mauvaise nutrition sur la santé, notamment aux États-Unis mais dans le monde entier, qu’aucun pays n’ait encore pris cette question à bras-le-corps. Mais pour cela il faudrait affronter l’industrie agroalimentaire, ou les lobbies font un travail considérable.

Je vous donne un exemple tout bête qui nous touche tous les jours : le terme « confiture » désigne un mélange de sucre et de fruits et, depuis très longtemps, les industriels du sucre ont décrété que seule une préparation composée à poids égal de sucre et de fruits pourrait porter cette appellation de « confiture ». 

Par Dorothée Dewitte, fondatrice de Watson Cuisine
Extrait du magazine BON n°1