Apr 29 / WATSON CUISINE

Tu cuisineras

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Cuisinier – bien sûr.

      «Une nuit, alors que j’écrivais cet ouvrage, je me suis réveillé avec l’extrême conviction qu’il fallait dédier l’un des premiers chapitres au plaisir et plus, à la nécessité, à l’urgence de cuisiner. Cela peut sembler anodin, et pourtant, c’est vital. Cuisiner est probablement la première action positive que l’on puisse mener au quotidien pour se réconcilier avec soi-même. Pour le plaisir des siens. Pour unir sa communauté. Pour préserver la nature. Et pour son porte-monnaie.

      Quand nous lisons la composition de ces plats préparés dont essaient de nous gaver les industriels. Quand nous constatons que certains vont jusqu’à nous vendre du « minerai », qui désigne cet amalgame d’os grattés, de tendons et de ligaments, pour de la viande. Ces méthodes frisent le vol et j’ai honte pour eux. Faites le calcul un jour de ce que vous coûtent les résidus de mauvaises viandes qui se trouvent dans ces plats, dans les raviolis ou les lasagnes. Vous constaterez qu’ils sont hors de prix. Comparez les prix entre une carotte râpée achetée toute prête et une carotte qu’il faudra juste éplucher et râper. Comparez le prix d’une soupe industrielle le plus souvent enrichie de compléments E, multiples, texturants et colorants à celui de deux poireaux, une pomme de terre et une carotte.

      Pourquoi s’en remettre à eux, Qu’y a-t-il de plus beau au monde que de préparer un potage pour ceux que l’on aime ? de choisir ces légumes ? de les éplucher ? de les faire rissoler, de les mouiller d’eau ? de les laisser mijoter ? Le goût de cette soupe faite par nos soins est incomparable. Sa qualité nutritionnelle l’est aussi. Et son prix est imbattable. J’aurais pu également comparer le prix des nuggets de poulet pour quatre et celui d’un poulet Label rouge. Les nuggets c’est un seul repas bien peu équilibré, avec votre poulet vous ferez un joli poulet rôti. Avec les restes de viande vous préparerez un hachis Parmentier ou vous les sauterez avec du riz, enfin avec la carcasse vous ferez un délicieux bouillon enrichi de vermicelles.

      Ne nous laissons pas déposséder de ce plaisir de « faire » au prétexte que nous n’aurions plus le temps. Au contraire, prenons le temps de déguster les bonnes choses de la vie et de les préparer avec amour. Car nous avons le temps. J’entends trop souvent que nous n’avons plus de temps, surtout pour cuisiner. Cela est faux. Ou plutôt certains réussissent à se convaincre qu’ils ont d’autres priorités. Aussi voudrais-je que nous nous interrogions lorsque nous nous plaignons sans cesse de manquer de temps. Que faisons-nous de notre temps ? Nous sommes happés par la télévision et de plus en plus par notre ordinateur portable ou au contraire nous consacrons ce temps pour être bien avec notre corps, nous faisons du jogging, du yoga, voire de la méditation. Mais comme le dit si bien l’écrivaine indienne Vandana Shiva : « Less running, less yogi, less meditation, more gardening and more cooking ».

      Prendre du temps pour cuisiner, c’est avant tout prendre du temps pour soi. C’est surtout le plus bel acte qui soit que d’offrir du temps pour ceux que l’on aime. Leur offrir ce temps nécessaire afin de prendre soin d’eux. Loin de moi l’idée de remettre les femmes aux fourneaux. Pourquoi serait-ce toujours la même personne, pourquoi ne pas attribuer à chacun des jours de la semaine ? Cuisiner n’est pas une corvée mais un privilège pour celui qui le fait. Il faut considérer le fait de cuisiner comme un jeu. Un jeu d’amour. Cuisiner, c’est du temps d’amour. Du temps gagné pour être heureux. Mais surtout, c’est du temps gagné pour notre santé et notre portefeuille. Je souhaite sensibiliser, toucher, informer et convaincre ceux qui ne sont pas encore convaincus de l’importance de bien manger.

      Se nourrir est ingérer des produits extérieurs qui feront ce que nous serons. Cette prise de conscience que s’alimenter est un acte essentiel, un premier rapport direct avec le monde extérieur et soi-même, cette prise de conscience se diffuse sur l’ensemble de la planète. Se remettre à cuisiner, c’est aussi faire des économies.

      Acheter tout fait (et souvent mal fait), c’est toujours plus cher que de faire soi-même. Il existe une solution pour redonner le goût aux générations futures, pour les aider à trouver leur voie et retrouver le temps à accorder à tout ce qui fait la richesse de la vie. Cette solution simple, ce sont les leçons des choses. Il nous faut réapprendre à avoir l’envie de faire des choses simples : les carottes râpées, un potage de légumes, expliquer aux enfants comment composer un menu, comment l’équilibrer, mais aussi et surtout comment s’amuser et se régaler.

      Nous devons nous rappeler que nous appartenons nous-mêmes à cette grande dame Nature qui nous permet de nous nourrir. Encore faut-il la connaître, l’apprécier et la cuisiner pour vivre nous-mêmes. Enfin, méditons cet exemple offert par la nature : dans chaque groupe de mammifères, celui qui nourrit détient le pouvoir. A bon entendeur. Tous aux fourneaux ! »  

Extrait du livre Pour une révolution délicieuse de Olivier Roellinger

Par Dorothée Dewitte - Co-fondatrice de Watson Cuisine